Emile Alphonse Herrenschneider

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Le Pasteur Herrenschneider

Le pasteur Herrenschneider lors des fouilles de la nécropole mérovingienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La première mention des Herrenschneider remonte à l'année 1599 où le mariage d'un Hans Herrenschneider avec une Suzanna Meijer est signalé dans un registre de la cathédrale de Strasbourg. Ce Hans Herrrenschneider venu de Ringenweiler dans la région de Kempten (sud ouest de l'Allemagne), exerçait le métier de cordonnier et habitait rue des Orfèvres. Il eut sept enfants dont trois garçons; de l'un d'entre eux doit descendre le pasteur Herrenschneider. L'arbre généalogique établi par ce dernier remonte à la fin du XVIIème siècle où Johannes Herrenschneider, fabricant de boutons et marchand de soieries né en 1690, demeurait rue Mercière. Son fils continua le commerce de son père, mais son petit-fils Jean-Simon, né en 1760, fut le premier pasteur de la lignée; il exerça son ministère dans la région d'Aschaffenbourg (en Bavière) et devint en 1803 titulaire de la paroisse de Schiltigheim (Bas-Rhin) jusqu'à sa mort. Son épouse Christine Bierau lui donna huit enfants dont Balthasar-Philippe (1793-1869), professeur au gymnase protestant de Strasbourg jusqu'en 1821, puis pasteur à Riquewihr (Haut-Rhin) qu'il délaissa en 1838 pour occuper jusqu'à sa mort la cure des hospices civils de Strasbourg. De son  union avec Wilhellmine Roederer (1805-1832), fille du pasteur de Scharrachbergheim (Bas-Rhin), naquirent quatre enfants. Jules fut pasteur à Fortschwihr (Haut-Rhin) jusqu'en 1872, tandis que Charles abandonna les études de théologie pour se consacrer à la médecine et exercer à Riquewihr (Haut-Rhin).

Emile Alphonse Herrenschneider, né le 20 janvier 1823, est l'aîné de ces quatre enfants. Il fit ses études secondaires au collège de Montbéliard et eut la chance de pouvoir les terminer à Strasbourg où son père avait été muté entre-temps. Il manifesta un intérêt tout particulier pour la musique, mais se décida, en tant que fils aîné de pasteur, à embrasser la même carrière que son père. Il entra au séminaire le 7 novembre 1842, passa son dernier examen le 16 novembre 1847 et soutint sa thèse le 21 février 1848: Le pain de vie ou rapport de Jean VI à la Sainte Cène (Dannbach, Strasbourg, 52p.). Il faut présumer qu'il a suivi les cours des professeurs Schmidt, Willm, Bruch, Jung, Redslob, Fritz et Edouard Reuss. En novembre 1844, il devint membre de la Theologische Gesellschaft avec le matricule 132. Les deux premières années, il appartint à la section exégétique et écrivit deux dissertations Über die eschatologischen Erwartungen der urchristlichen Zeit"  (Des attentes eschatologiques des premiers chrétiens). Par la suite, il changea de section et s'intéressa aux problèmes historico-philosophiques, démissionna en 1847 et fut nommé membre d'honneur. La Theologische Gesellschafft lui doit douze dissertations.

E. A. Herrenschneider fut ordonné à l'église Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg le 21 mai 1848 par l'inspecteur ecclésiastique J. Boeckel, en présence de son père. Dès le 10 mai, il avait été nommé vicaire à Pisdorf en Moselle pour y seconder le pasteur Jung, âgé de soixante-quinze ans. La paroisse de Pisdorf, du consistoire de Diemeringen, s'étend aux communes d'Eywiller (4 km) et de Burbach (8 km), de telle sorte que le service y  était très astreignant - Burbach en particulier n'était à atteindre que par des sentiers forrestiers. Il n'est donc pas étonnant que le jeune vicaire dont "la santé était inaltérable" et qui "ne reculait devant aucune fatigue" demanda néaanmoins un autre poste en disant que "six mois de séjour ont suffi pour lui faire acquérir la conviction qu'à moins d'un changement des présentes conditions, il ne pourra plus y rester [...]". Ses voeux furent exaucés et le 17 juillet 1849, il rejoignit Soutzeren (consistoire de Munster dans le Haut-Rhin), toujours comme vicaire. La mort du pasteur Hitschler (1794-1850) de Horbourg lui permit de briguer cette paroisse qu'il rejoignit le 1er juillet 1850. Il y fut installé le 21 du même mois par l'inspecteur ecclésiastique Heyler. Le destin fait bien les choses : le presbytère de Horbourg ayant été détruit pendant la guerre de Trente Ans et n'ayant toujours pas été reconstruit, le pasteur dut s'installer chez Philippe Obrecht. Celui-ci lui fit part de ses convictions sur l'existence d'Argentovaria et du château des comtes de Wurtemberg. L'enthousiasme gagna à tel point le jeune pasteur qu'il décida d'élucider tous ces problèmes, sans se douter qu'il y consacrerait toute sa vie et ce bien qu'il eût en plus la paroisse annexe de Wihr-en-Plaine à desservir.

Le 8 juillet 1851, il épouse Catherine Betz (1829-1902) de Wihr-en-Plaine, arrière-petite-fille de Jean-Georges Betz et de Marie-Salomé Steib; de cette union naquirent trois garçons et trois filles. Georges Betz, le beau-frère du pasteur, est le père du docteur Paul Betz de Colmar.

Les recherches du pasteur Herrenschneider commencent à porter leurs fruits : il met au jour un pan de mur de la ruine romaine et fait don au musée d'Unterlinden d'un bas-relief en grès des Vosges.

Lors de la construction de la maison de Mathis Oberlin et de son gendre Michel Obrecht, des fouilles ont lieu à l'emplacement dit Urthlach. Le pasteur trouve un sarcophage ainsi que des monnaies romaines. Cette découverte fait l'objet d'une communication à la Société pour la conservation des monuments historiques présidée par le docteur Schimper qui assiste à la séance.

Le 24 janvier 1870, le pasteur Herrenschneider est élu président du consistoire d'Andolsheim; il y sera constamment réélu jusqu'à sa mort. Durant le conflit de 1870, il fit preuve de dévouement. Conjuguant ses efforts et son influence à ceux du maire, il évita à Horbourg d'être incendié par les Allemands. Il sauva également plusieurs vies humaines en intervenant auprès des officiers des deux armées combattantes.

Invité par Edmond Fleischhauer à l'assemblée constitutive de la Société pour la conservation des monuments historiques, section de Colmar, il communiqua ses travaux à cette société qui lui accorda une subvention. En raison de ses recherches, le pasteur a été amené à échanger des idées avec de nombreuses personnalités dont Auguste Bartholdi, Reuss, Charles Grad, Ristelhuber et le professeur Frédéric Flückiger de la faculté de pharmacie de Strasbourg.

A la faveur de la présentation des murs du castrum récemment mis au jour, il obtint le soutien inconditionnel de l'architecte Winckler, conservateur des monuments historiques.

La même année 1884, une subvention de deux cents marks lui est accordée par le Ministerium für Elsass-Lothringen.

Pour l'ensemble de ses travaux, il se voit remettre solennellement le Rother-Adler-Orden IV. Klasse par le Kreisdirektor Boehm de Colmar.

En 1888, il met en évidence avec Winckler les fresques datant du XVIème siècle dans le coeur de l'église Saint-Michel de Wihr-en-Plaine. Ces fresques, représentant le martyre de Sainte-Marguerite, font l'objet d'une restauration qu'il surveille avec attention."

Le 22 octobre 1899, le pasteur Herrenschneider décède à la suite d'une crise cardiaque; le culte de son enterrement est présidé par son vicaire, le pasteur Vix, qui lui a été adjoint en 1896 et qui a épousé une de ses petites-filles, Elisabeth Ortlieb, fille du pasteur Ortlieb de Muntzenheim (Haut-Rhin) et de sa femme, née Louise Herrrenschneider. La tombe d'E.A. Herrenschneider se trouve au cimetière de Horbourg."

Extrait de " Biographie d'Albert Herrenschneider", Petit-fils d'Emile Alphonse Herrenschneider.

 

Historien et archéologue

Le pasteur Herrenschneider a cherché tout au long de sa vie à comprendre le passé de l'agglomération, à communiquer et à faire partager ses découvertes. Comme d'autres, il s'est aussi parfois heurté à l'ignorance et à un intérêt plus mercantile que philanthrope ou historique.  Ainsi, en 1896, la paroisse catholique fait entreprendre les travaux de construction de l'église Notre Dame de l'Assomption. A l'occasion des travaux de terrassement, des vestiges sont mis au jour. Selon les témoignages recueillis, il s'agissait de pierres remarquables, qui devaient appartenir aux murs de l'ancien château des Wurtemberg. Malgré l'intervention du pasteur, ces vestiges ont été enterrés sous le coeur de l'église.

 

Publications

"Argentovaria-Horburg" (en allemand) in Jahrbuch des Vogesenclubs, I, p. 24-29; II, p. 156-158.

"Mémoire" in Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace,1871, p. 32-33.

"Communication de M. Herrenschneider sur les fouilles opérées à Horbourg" in Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, 1886, p. 160-170.

Versuch einer Ortsgeschichte von Weier auf'm Land, Barth, Colmar, 1890, 85 pages. Nouvelle édition en français proposée prochainement sur le site d'Archihw.

 

 

Römercastell und Grafenschloß Horburg (Barth, Colmar). Edition en français proposée sur le site d'Archihw.

N.B. Une traduction libre en français, par Théodore Schoell, de l'histoire de Wihr ainsi que de celle de Horbourg a paru dans Revue d'Alsace, 1893, 1894, 1895.

 

Sources

Le Castrum et le Château Comtal de Horbourg de E.A. Herrenschneider